L'interaction argumentative - CNRS

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Plantin Chr. 1995e L'interaction argumentative.
Document de synthèse présenté pour l'Habilitation à diriger les recherches,
Université Lyon 2
Christian Plantin Recherches
sur l'interaction argumentative
SynthÈse
pour l'habilitation à diriger les recherches
Sciences du langage Université Lyon 2
Cette synthèse porte sur les travaux que j'ai effectués depuis la thèse que
j'ai soutenue à l'Université de Bruxelles en 1988. Elle correspond pour
l'essentiel aux recherches menées depuis mon entrée au CNRS en 1989 et mon
rattachement à l'URA 1347, "Groupe de recherche sur les interactions
conversationnelles", CNRS - Université Lyon 2, dirigée par C. Kerbrat-
Orecchioni.[1] . Le Chapitre 1 présente brièvement, selon leur succession chronologique,
les différents cadres institutionnels dans lesquels j'ai travaillé et les
différents programmes de recherche que j'ai développés, en tant
qu'enseignant-chercheur jusqu'en 1989, et, comme chercheur, depuis cette
date.
. Les Chapitres 2 à 4 dressent un bilan évaluatif de deux types de
recherches en argumentation : "Nouvelle rhétorique" de C. Perelman & L.
Olbrechts-Tyteca et rhétoriques américaines au Chapitre 2, théorie des
paralogismes au Chapitre 3. Le Chapitre 4 propose quelques réflexions sur
la situation des recherches actuelles en argumentation. . Les Chapitres 5 à 7 posent les fondements d'une recherche sur
l'argumentation comme interaction (Chapitre 5) et dégagent les pistes de
recherche dans ce cadre : contradiction, question, stase (Chapitre 6),
types d'arguments (Chapitre 7). Le Chapitre 8 présente une analyse de cas permettant la mise à l'épreuve
des concepts précédemment introduits et propose une méthode capable de
rendre compte de la dynamique de l'interaction argumentative. . Deux annexes sont jointes à cette synthèse. La première est une brève
note lecture situant cette recherche en argumentation par rapport à
certaines recherches en psychologie sociale sur la persuasion et la
médiation. La seconde aborde la question des demandes venant de
l'enseignement.
Apprentissages Je dois à Norbert Dupont mon orientation vers la linguistique, dans le
prolongement d'une interrogation de grammaire pour le concours de l'IPES, à
l'automne 1968. Mon apprentissage a commencé en 1968-69, année où Norbert
Dupont avait réuni un groupe d'étudiants de deuxième année qu'il guidait
dans la lecture de Saussure, mais aussi de l'Introduction à la grammaire
générative et de Syntactic structures. J'ai ainsi reçu ma formation de base à l'Université de Lyon, où j'ai passé
en 1970 une Licence de linguistique (l'année, je crois, de fondation de
cette Licence), où j'ai étudié avec Alain Berrendonner, Jean Blanchon,
Patrick Charaudeau, Jacques Cosnier, Norbert Dupont, Pierre Dupont, Marie-
Christine Hazaël-Massieu, et Catherine Kerbrat. Ma Maîtrise était composée d'un C2 "Méthodes de recherche en linguistique"
et d'un Mémoire dirigé par Michel Le Guern, et Norbert Dupont bien sûr.
Elle portait sur les premiers travaux en théorie de l'acquisition se
réclamant du courant de la grammaire générative. Norbert Dupont avait
également orienté mes lectures vers Piaget . Difficile dialogue. Comme tout IPESien, j'ai passé le CAPES puis l'Agrégation de Lettres
Modernes. J'ai préparé cette agrégation à l'Université Paris IV, où j'ai eu
la chance de pouvoir compléter ma formation en grammaire historique avec
Gérard Moignet et Michel Zink, en grammaire et stylistique avec Pierre
Larthomas, et Jean Mazaleyrat. J'ai ensuite été nommé professeur agrégé au Lycée de Laigle, dans l'Orne,
en 1973. J'ai obtenu un emploi du temps me libérant le vendredi après-midi
pour assister aux séminaires d'Oswald Ducrot, dont j'avais déjà suivi les
conférences à Lyon. Je me suis alors inscrit en thèse de troisième Cycle à
l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales. 1. Cadres, programmes
et développement de la recherche
A. Doctorat de 3e Cycle : Sur les mots du dialogue
. Mes premiers travaux en linguistique ont été menés dans le cadre d'une
thèse de troisième cycle, sous la direction d'Oswald Ducrot :
Oui, non, si - Etude des enchaînements dans le dialogue, 1978 (1)[2] Il s'agit d'une recherche sur les mots du dialogue, relativement extérieure
au programme "d'intégration de la pragmatique" poursuivi par O. Ducrot.
A la différence des thèses classiques sur oui, non, si, qui éliminent ces
mots en les réduisant à un rôle de "pro-phrase", ce travail se propose
d'observer et de décrire les fonctionnements de ces particules dans leur
milieu linguistique naturel, celui du dialogue. L'analyse est menée dans le
cadre d'une théorie des actes de langage. Elle repose sur une technique de
schématisation des contextes, prenant en compte les "attentes" des
interlocuteurs. Sur cette base, une série de phénomènes dialogiques apparentés sont
examinés : analyse de la négation comme dénégation, problème de la litote,
fonctions de mais (exclamatif et correctif-réfutatif), analyse de la
particule bien, fonction dialogale de parce que (permettant le retour sur
les implicites prêtés à l'interlocuteur). . Cette thèse a été achevée alors que j'étais enseignant de Linguistique à
l'Université d'Oran, de 1977 à 1979. Elle est accompagnée des publications
suivantes :
« Deux mais" », 1978 (12)
« Oui et non sont-ils des "pro-phrases" ? », 1982 (13) . J'ai ensuite enseigné la Linguistique française à l'Université de Fès, de
1979 à 1983. J'ai entrepris une analyse systématique des enchaînements dans
les dialogues de Huis-Clos. Certains éléments de cette recherche sont
intégrés dans deux articles parus en 1985 :
« La genèse discursive de l'intensité - Le cas de si intensif », 1985 (14)
« Nominations. La constitution des rôles dans le dialogue », 1985 (15) B. Doctorat en "Langue et linguistique" :
Recherche sur l'écrit argumenté . En 1983, j'ai pu bénéficier d'un contrat d'assistant pour une thèse sur
l'argumentation à l'Université de Bruxelles, thèse que j'ai rédigée sous la
direction de Marc Dominicy.
Ce contrat m'a permis de travailler de 1983 à 1988 dans un milieu de
recherche ouvert, très actif, où j'ai pu exposer mes travaux et en discuter
régulièrement. J'ai ainsi soutenu en 1988 une Thèse de Doctorat en Philosophie et Lettres
(Langue et linguistique) :
Les mots, les arguments, le texte - Propositions pour l'enseignement du
français à l'Université, 1988 (2).
Cette thèse a obtenu une Médaille d'or de la Commission Française de la
Culture de l'Agglomération de Bruxelles, en 1989. . Mes premiers contacts avec les théories de l'argumentation ont eu lieu
dans les années 1970, à partir de la fréquentation des séminaires de
l'EHESS où Oswald Ducrot construisait, dans le cadre d'une "pragmatique
intégrée", la première formulation de la théorie de l'argumentation dans la
langue.[3] Toute recherche en argumentation suppose sans doute une vision de la
logique et de ses rapports à la langue naturelle. Ma formation dans ce
domaine est tirée des cours et des séminaires de logique et de philosophie
de la logique, donnés par Jacques Bouveresse et de Roger Martin, à
l'Université Paris II, que j'ai suivis de 1974 à 1977.
Les séminaires sur la rhétorique organisés à l'Université de Fès par Jean
Molino m'ont permis de me familiariser avec les données classiques,
essentiellement dans la perspective d'une rhétorique "non restreinte"
construite par les ?uvres de E. R. Curtius et de H. Lausberg.[4]
A l'Université de Bruxelles, la recherche en argumentation était évidemment
orientée par l'approche néo-classique de la rhétorique de Ch. Perelman & L.
Olbrechts-Tyteca.[5] . Mon contrat avec l'Université de Bruxelles me demandait non seulement de
déterminer un cadre théorique autorisant une étude linguistique de la
parole et du discours argumentatifs, mais aussi d'organiser et d'assurer un
enseignement de l'argumentation dans le cadre d'un cours de français à des
adultes francophones. Cette double contrainte s'est avérée extrêmement
stimulante. . Alors que ma thèse de troisième cycle (1978) relève de la pragmatique du
dialogue, ma thèse belge (1988) porte d'abord sur la théorie et l'analyse
du discours argumentatif monologique. Elle traite notamment des questions
de logique du discours (hétérogénéité des stratégies de légitimation vs
structuration du discours argumentatif, problème des normes) mais elle doit
aussi affronter des questions de dialectique (organisation du débat
argumentatif oral, modes d'intégration et traces du débat dans le discours
écrit). Du point de vue de la documentation, cette thèse a dû faire face à une
difficulté importante : les traditions de recherche en argumentation sont,
largement, des "traditions nationales". Il existe un réel décalage entre
les travaux sur l'argumentation poursuivis en Belgique, en France, en
Allemagne ou aux Etats-Unis. Dans ce dernier pays en particulier, la
recherche en argumentation va de pair avec une généralisation de
l'enseignement de l'argumentation à de vastes publics d'étudiants. Ma thèse
se propose donc d'articuler ces différents travaux, en visant, à terme,
leur confrontation critique et leur mise à l'épreuve sur les textes
argumentatifs. J'ai ainsi abouti à une tripartition dont j'ai conservé le schéma général :
les recherches contemporaines sur l'argumentation s'organisent autour de la
scientificité des arguments, de leurs fondements langagiers et de leur
déploiement dans l'interaction (voir Chap. 7). La IIe partie de la thèse,
intitulée :
« Les arguments » Les mots... IIe partie, p. 201-357
m'a ainsi fourni les éléments sur lesquels j'ai construit les Essais sur
l'argumentation, 1990. . Une telle recherche croise des problèmes de lexique : le débat
argumentatif se développe fréquemment comme une logique des mots, pour
l'expression de laquelle je ne trouvais pas d'instrument adéquat. J'
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