Pour une économie alternative et solidaire - credis

... l'école, il fallait d'abord subir un examen de passage selon les bons vieux
critères ...... L'ACL allait se reconnaître dans le premier mouvement et prendre
ses ...... voilà les conclusions de Claude après avoir tenu plusieurs stands dans
des ...

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COLLECTIF MB 2
Pour une économie
alternative et solidaire
Manuscrit achevé durant l'année 2000
2ème version corrigée
COLLECTIF MB 2
Pour une économie
alternative et solidaire
Ouvrage collectif coordonné par Eric Dacheux
Auteurs : Elisa Brisset
Claire Cartieaux
Gilbert Dif
Christiane Foret
Bernard Garrigues
Ginette Garrigues
Marie-Thérèse Jambut
Sébastien Kanarek
Eric Lavillunière
Jean-Philippe Magnen
Pascal Mullard
Roger Nicolas
Lucile Manoury
Frédéric Magraner
Delphine Pastiaux
Emmanuelle Poix
Avertissement Ni guide pratique ni ouvrage théorique, ce livre est le fruit d'une
réflexion collective menée à partir d'expériences de terrain variées mises
en ?uvre par des hommes et des femmes aux parcours divers. Cet ouvrage
reflète, dans son style d'écriture et dans les thèmes abordés (analyses
d'expériences, méthodologies nouvelles, etc.), cette hétérogénéité. Cette
diversité des angles d'approche met en lumière les nombreuses facettes de
l'économie alternative et solidaire et révèle ainsi la cohérence globale de
cette démarche. Cependant, cette diversité ne facilite pas une lecture
linéaire et continue du livre. C'est pourquoi, le lecteur est invité à
plonger directement dans les textes correspondant à ses propres
interrogations. On l'aura compris, le but de ce travail n'est pas d'imposer
une vision artificiellement unifiée de l'économie alternative et solidaire.
Tout au contraire, il s'agit, par une étude rigoureuse qui respecte la
sensibilité de chaque acteur et l'identité du collectif, d'offrir la
substantifique moelle de démarches concrètes, singulières et novatrices à
tous ceux qui désirent agir dans le sens d'une nouvelle solidarité alliant
entraide, convivialité et développement durable. L'économie alternative et
solidaire, une utopie ? Oui ! Mais une utopie créatrice qui s'enracine dans
l'expérimentation et fleurit dans la réciprocité. Un nouvel humanisme, en
sorte.
"Vivre ce n'est jamais se résigner"
Albert Camus PREFACE Enfin ! Enfin un livre sur l'économie alternative et solidaire non pas
telle qu'on la rêve, mais telle qu'elle existe. Car les auteurs de cet
ouvrage l'ont vraiment rencontrée, cette fameuse économie alternative et
solidaire. Mieux : ils l'ont faite. Elle est née de leur pratique. Les
fiches biographiques des membres du groupe MB² qui parsèment l'ouvrage le
montrent à l'envi : des parcours atypiques, marqués par l'insatisfaction
des métiers exercés, la volonté de trouver un autre projet de vie, où le
travail soit en phase avec les valeurs de solidarité et d'autonomie sur
lesquelles tous se reconnaissent et qui constituent le fondement du groupe.
Vision utopique, certes, ainsi que le déclare Sébastien, mais qui préfigure
" ce que pourrait être l'économie de demain ". Comme on prouve la marche en
marchant, ils ont tenté de prouver que l'économie alternative et solidaire
n'était pas un fantasme, et ils l'ont concrétisée : pour l'un au sein d'une
structure d'ingénierie sociale axée sur le développement local, pour
l'autre à partir d'une CIGALE*. Mêlant témoignage et réflexion, récit et
théorisation, le livre est au fond à l'image de ces parcours - atypique -
et de cette attente - exigeante.
Il ne faudrait pas masquer les difficultés de l'aventure. Pour ma part,
j'en vois deux. La première résulte de l'attitude ouverte, totalement
ouverte, des membres du groupe vis-à-vis des porteurs de projets : " aucune
sélection a priori des projets (valides et non valides) ou des porteurs
(capables ou non capables) ", telle est la règle, qui correspond aussi à
une des valeurs essentielles communes au groupe. Il s'agit de " ne pas
dévaloriser les apports et compétences extérieurs ", de n'exclure personne.
Ainsi, Claude (dont on nous dit un peu plus loin qu'il semble trop perturbé
pour avoir un travail salarié et le garder) rêve de réaliser un coffret de
dix CD de poésie, avec des poèmes écrits par sa femme. Juliette a des dons
en matière de cuisine asiatique, et Mustapha en matière de Tajines. Tous
ces porteurs de projets sont accompagnés : certains passent à l'acte,
parfois avec succès - Juliette -, d'autres finissent par prendre conscience
que du rêve à la réalité, il y a un fossé parfois infranchissable. En
refusant de trier, de sélectionner, en privilégiant " la co-construction ",
qui permet au porteur de projet lui-même de prendre conscience du caractère
irréalisable ou, au contraire, réaliste, du projet, la démarche des auteurs
me paraît essentielle. Elle est, d'une certaine manière, analogue à celle
des entreprises d'insertion - il en existe ! - qui, refusant d'écrémer (le
terme est habituel dans le milieu) les plus " employables ", vont jusqu'au
bout de leur projet : il ne s'agit pas de sélectionner, mais de faire le
pari que personne n'est de trop, que chacun peut changer, apprendre,
s'ouvrir, s'insérer. Le revers de la médaille, chacun le connaît : ces
entreprises d'insertion ont de moins bons " résultats " apparents, elles
demandent plus de moyens, plus de temps, plus d'énergie, enregistrent plus
d'échecs. Est-ce que, en choisissant cette même démarche exigeante, ceux
qui entendent promouvoir l'économie alternative et solidaire ne s'exposent
pas à des déboires, à des lenteurs, à des échecs qui risquent de remettre
en cause l'idée même qu'une telle économie soit possible ? S'il s'agit
bien, au fond, de subvertir la société telle qu'elle fonctionne
majoritairement, ne faudrait-il pas que les réalisations d'économie
alternative et solidaire atteignent une certaine " masse critique ", de
sorte qu'elle devienne visible, un peu comme les associations ouvrières du
XIXème siècle ont pu devenir les SCOP lorsque leur nombre les a fait sortir
de la quasi-clandestinité et de la marginalité ? Je pose la question, car
je ne suis évidemment pas assuré de la réponse : si elle devait trier le
bon grain de l'ivraie, la démarche d'économie solidaire risquerait d'y
perdre son âme. Mais on voit le dilemme, que les auteurs du livre,
curieusement, semblent éviter comme la peste.
Deuxième difficulté : qu'on l'apprécie ou non, c'est l'épreuve du
marché qui, finalement, fait le tri. L'économie alternative et solidaire ne
parvient à s'enraciner, à se concrétiser, que si elle passe cette épreuve.
Un peu comme si, pour contester valablement l'école, il fallait d'abord
subir un examen de passage selon les bons vieux critères traditionnels.
Paradoxe évident : pour montrer qu'elle est capable de porter d'autres
valeurs que celles de l'intérêt et de la compétition, l'économie
alternative et solidaire doit s'inscrire dans le marché, qui élimine
impitoyablement ceux qui, en termes financiers, ne sont pas compétitifs,
donc pas intéressants. Exemple concret : le REAS 48, qui a joué un rôle
important dans l'aventure des MB², est, nous disent les auteurs, " un échec
économique patent : il a consommé plus de richesses qu'il en a produit ".
Echec qui n'est qu'économique, faut-il préciser, puisque le REAS 48 a semé
des graines, engendré une réflexion, suscité des initiatives. Bref, il
s'est montré fécond. Mais si, pour enraciner cette fécondité, il faut vivre
de l'air du temps, de la quête de subventions - huit jours d'effort pour 5
000 F. - ou de la capacité militante à collecter des dons, l'expérience
devient d'une fragilité évidente. Et c'est d'ailleurs ce que l'histoire
retiendra sans doute, de ces innombrables tentatives dont bon nombre, faute
de viabilité économique, ont disparu trop tôt et n'ont pas tenu les
promesses sociales ou culturelles évoquées. On peut - il faut - contester
la dictature de l'économique, dans une société où le marché finit par jouer
le rôle du paradis et de l'enfer. Mais le marché est là, et bien là,
incontournable comme on dit désormais. Deuxième paradoxe : l'économie
alternative et solidaire a entrepris de secouer le cocotier du marché, tout
en utilisant le levier même qui a assuré au marché son triomphe quasiment
sans partage.
Mais cela n'enlève rien à l'intérêt de cette réflexion-action à
plusieurs voix (voies ?) que nous propose le groupe MB². Denis CLERC
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