Abidjan de la perle des lagunes au dépotoir mondial - Hal-SHS

Le tourisme des déchets toxiques en direction de la Côte d'Ivoire ... également suspendues de leurs fonctions voire mis en examen pour besoin de l'enquête.


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Le tourisme des déchets toxiques en direction de la Côte d'Ivoire
NASSA Dabié Désiré Axel[1]
dabie@voilà.fr Résumé:- Un navire grec battant pavillon panaméen dénommé Probo Koala en
provenance d'Amsterdam a déchargé une importante quantité de « déchets
pétroliers » au port d'Abidjan le 19 Août 2006 en vue de leur recyclage par
une société de la place (TOMMY). Mais quelques jours plus tard, l'on
s'aperçoit de la toxicité des déchets après que ceux-ci aient été déversés
ça et là à travers le district d'Abidjan sans traitement aucune par la
société commise à cet effet.
Une odeur nauséabonde et suffocante est ressentie par la population
abidjanaise. Il s'en est suivi des manifestations de mécontentement
généralisé à travers l'ensemble du district et un exode massif des
résidents des quartiers touchés vers des lieux offrant un cadre de vie
acceptable. Cette situation qui continue de faire couler beaucoup d'encre a
eu de graves conséquences dans le paysage politique, environnemental,
économique et sur les populations riveraines des lieux où a été déversé le
contenu du navire.
Mots clés : Côte-d'Ivoire; Hollande ; Abidjan ; Déchets toxiques ;
Environnement ; Tourisme ; Transfrontaliers ; Migration ; Politique ;
Economie et Société
Abstract : - After four years of political and military crisis, the Côte
d'Ivoire is
affected again by an environmental scandal without any previous one. A
Greek
ship with Panamean flag have unloaded an important cargo of petroleum
wastes
at Abidjan's port in order to be treated by a specialized enterprise. But
in
fact, these toxic wastes was unloaded in open-air dumps of Abidjan district without any treatment. The dumps residents was poisoning.
Keywords : Côte-d'Ivoire ; Netherland ; Senegal ; Nigeria ; Abidjan ;
Tourism ; Migration ; Policy ; Economy and society
Introduction
La Côte d'Ivoire, éprouvée par quatre années de crise politico-
militaire est aujourd'hui encore secouée par un scandale environnemental
sans précédent. Un navire grec battant pavillon panaméen a déchargé une
importante cargaison de « déchets pétroliers » au port d'Abidjan en vue de
son traitement par une société de place dénommée TOMMY filiale d'une
multinationale TRAFIGURA, elle même filiale de PUMMA énergie basée en
Hollande. Mais contre toute attente, les déchets déchargés le 19 août 2006,
sont déversés dans les principaux dépotoirs à ciel ouvert du district
d'Abidjan sans être recyclés. Des odeurs inhabituels et des maux violents
sont ressentis par les populations riveraines des sites de déversement. Il
s'en est suivi un exode massif de ces populations vers des lieux offrant un
cadre de vie acceptable, d'importantes manifestations de mécontentement ont
été organisées et des dépotoirs ont été fermés ça et là. Les organisations
environnementales et de lutte contre la pollution ont été mises en alerte
et ont fait écho de ce scandale à travers le monde entier.
L'ensemble du corps environnemental du district d'Abidjan déjà mis en
mal par la gestion des déchets domestiques a été ainsi destructuré et
pollué. Des personnalités ayant des responsabilités à quelque niveau que ce
soit ont été également suspendues de leurs fonctions voire mis en examen
pour besoin de l'enquête. C'est dans ce contexte que cette contribution
s'attelle à éclairer l'opinion sur ce scandale en relatant les faits tels
qu'ils ont été vécu par les populations du district d'Abidjan, à relater le
parcours du navire jusqu'au port d'Abidjan, à analyser la géographie des
sites pollués et les principaux acteurs mis en cause dans cette affaire.
Nous n'oublions pas non plus, les conséquences socio-économiques,
politiques et spatiales de ce scandale en Côte d'Ivoire de façon générale
et particulièrement dans la ville d'Abidjan.
La Genèse du scandale
Pour comprendre l'affaire des déchets déversés à travers le district
d'Abidjan, capitale économique de la Côte d'Ivoire, un rappel chronologique
des événements s'impose. Mais avant essayons de définir ce que l'on appelle
la pollution de l'environnement par les déchets toxiques pour en savoir les
contours et partager les inquiétudes des Abidjanais dans ce présent
scandale.
Bien que d'usage banal à l'heure actuelle, le terme de pollution
recouvre des acceptions fort diverses et qualifie une multitude d'actions
qui dégradent d'une façon ou d'une autre le milieu naturel. Polluer
signifie étymologiquement profaner, souiller, salir, dégrader. Ces termes
ne prêtent pas à équivoque et nous paraissent tout aussi adéquats que les
longues définitions données par les experts. Parmi ces dernières, nous
retiendrons celle qui a été rédigée en 1965 par le Comité scientifique
officiel de la Maison-Blanche pour la protection de l'environnement : «La
pollution est une modification défavorable du milieu naturel qui apparaît
en totalité ou en partie comme le sous-produit de l'action humaine, au
travers d'effets directs ou indirects altérant les modalités de répartition
des flux d'énergie, des niveaux de radiation, de la constitution physico-
chimique du milieu naturel et de l'abondance des espèces vivantes. Ces
modifications peuvent affecter l'homme directement ou au travers des
ressources en produits agricoles, en eau, et autres produits biologiques.
Elles peuvent aussi l'affecter en altérant les objets physiques qu'il
détient, les possibilités récréatives du milieu ou encore en enlaidissant
la nature.» De quoi s'agit-il dans le cas de la pollution à Abidjan ?
comment en sommes-nous arrivés à profaner voir à souiller notre cadre de
vie ?
Le 17 août, Trafigura, un affréteur néerlandais, entre en contact avec
un consignataire ivoirien, la société Waibs, pour qu'il trouve, au port
autonome d'Abidjan (PAA), une entreprise capable d'enlever les « slops »
(eaux usées stockées dans les cales) du Probo Koala, un navire grec battant
pavillon panaméen (voir photo).
L'affréteur prévient que ces déchets, constitués de résidus pétroliers,
sont d'une grande toxicité et doivent être traités avec un grand soin avant
d'être déversés dans la nature. La société Tommy, qui venait d'avoir trois
semaines plus tôt son agrément d'installation comme spécialiste en vidange,
entretien et soutage des navires, enlève curieusement le marché au nez et à
la barbe de sa concurrente, l'Industrie de technologie et d'énergie,
détentrice jusque-là du monopole de ces opérations. Or, comme le précisera
plus tard le directeur de la navigation, de la sécurité et de la garde
côtière, Tommy n'est qu'un avitailleur qui n'avait ni la compétence ni
l'autorisation de curer les soutes d'un navire, encore moins d'en traiter
le contenu. Cette société va pourtant présenter au commandant du port
l'agrément du ministre des Transports : une quittance de la redevance des
droits d'usage des installations portuaires, une attestation en vue de
déverser le slop à la décharge d'Akouédo[2].
Devant ces documents, la direction générale du port délivre le sésame
qui a permis à Tommy de mettre en branle l'impressionnante logistique pour
l'enlèvement de 528 tonnes de déchets liquides du Probo Koala. Le 19 août,
de 22 heures à 3 heures du matin, 17 camions-citernes vont faire la navette
entre le port et la dizaine de sites dispersés dans les dix communes de la
métropole. Le Probo Koala, débarrassé de son chargement, peut lever
l'ancre. Et ce, malgré la mise en demeure adressée au capitaine du tanker
par le Centre ivoirien d'antipollution (Ciapol), qui s'était aperçu du vrai
contenu[3] des cales du navire.
Lorsque les premières émanations envahissent la ville, le 20 août, les
Abidjanais pensent à l'opération de démoustication annoncée la veille par
les services du district d'Abidjan. Une ruse pour noyer l'odeur
insupportable de ces déchets ? Le gouvernement mettra du temps à réagir. Le
2 septembre, le ministre de l'Environnement informe l'opinion du
déversement de déchets toxiques sur plusieurs sites. La population lance
une opération « commune morte ». Devant la colère qui monte, l'Etat met en
place un comité interministériel. Deux jours plus tard, le comité lance un
véritable SOS aux ambassadeurs des pays de l'Union Européenne.
La Côte-d'Ivoire n'a ni les moyens techniques ni les médicaments pour
soigner les malades qui affluent. Ces derniers souffrent pour la plupart de
saignements du nez, de vomissement, de diarrhées, de céphalées, de toux dus
aux effets des gaz.
Les premières analyses faites dans les laboratoires de la Société
ivoirienne de raffinage (S. I. R) donnent une idée approximative du produit
: un mélange à base de pétrole contenant de la soude caustique à forte dose
et de mercaptan, qui capte le mercure. Entre-temps, des rumeurs de
radioactivité des déchets alarment les populations, qui prennent d'assaut
les centres de soins. Paris envoie cinq experts. Le Premier ministre
affirme que le contenu du tanker n'est pas radioactif. Une nouvelle
accueillie avec scepticisme, vu le bilan provisoire de six morts et plus de
9 000 victimes intoxiquées[4]. Dans le cas des polluants déversés à
Abidjan, il s'agit de déchets propres aux navires, les fameuses eaux
noires, dont le traitement tombe sous le coup de la convention de
l'Organisation maritime internationale. Quoi qu'il en soit, le drame
ivoirien lève le voile sur le monde méconnu des déchets dangereux.
La géographie des sites de déversement
Quand les pays riches sortent leurs poubelles, il arrive qu'ils les
mettent sur les trottoirs
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