Questions d'examen

1 Modèle : janvier 2017- Aide sélective à la distribution de films de répertoire ... secrétariat (11 rue Galilée) de la commission impérativement 1 mois avant la date d'examen de .... (mentionner la chaîne de TV, l'horaire et si possible l' audience).


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ECOLE DES HAUTES ETUDES COMMERCIALES DE L’UNIVERSITE DE LAUSANNE

Professeur :
Olivier CadotMatière :
Mondialisation & politique commercialeSession :
Eté 2004
Durée de l’examen : 3 heures
Sans documentation. Prière de rendre la donnée de l’examen avec le travail
Si vous n’arrivez pas à répondre à une question, passez à la question suivante. Toutes les questions et sous-questions ont la même pondération (10 points sur 100 pour chaque sous-question). Bonne chance !

Question 1

Dans le modèle d’Heckscher-Ohlin, les gains du commerce proviennent de la spécialisation des pays. Ces gains nécessitent-ils, pour se réaliser, des économies d’échelle dans la production des biens échangés ? Que votre réponse soit oui ou non, expliquez précisément pourquoi.

Dans le modèle d’Heckscher-Ohlin, le commerce international requiert, pour être bénéfique, des différences dans les dotations factorielles des pays commerçant. Pourtant, le gros du commerce international prend place entre des pays très semblables dans leurs dotations factorielles : pays membres de l’Union Européenne, par exemple, ou, plus généralement, pays membres de l’OCDE. Comment expliquez-vous cela ?

Quelles sont les sources de gains du commerce dans le type de commerce que vous venez de décrire ? Pensez-vous que, dans la réalité, ces gains sont plutôt plus ou plutôt moins importants que les gains de la spécialisation mentionnés en 1) ?

Les statistiques de commerce entre les Etats-Unis et le Mexique ou entre l’Europe occidentale et l’Europe de l’Est montrent des flux de marchandises importants, dans les deux sens, à l’intérieur de secteurs tels que le textile/habillement, la machinerie, ou les véhicules de transport. Ce commerce « intra-industriel » est-il compatible plutôt avec le modèle d’Heckscher-Ohlin ou avec d’autres modèles ? Pourquoi ? (Attention piège)

En présence de commerce du type Heckscher-Ohlin, la meilleure politique commerciale est, en toutes circonstances, le libre-échange. Ceci est-il toujours vrai en présence d’autres types de commerce ? Pouvez-vous donner un ou des exemples de politique commerciale « stratégique » ? Que pensez-vous de ce type de politique commerciale sur le plan politique ?

Réponses suggérées

Non. Les hypothèses nécessaires sont (i) que les intensités factorielles diffèrent entre les secteurs et (ii) que les abondances en facteurs diffèrent entre pays. Sous ces hypothèses, chaque pays a un avantage comparé dans au moins un secteur et l’exploitation de cet avantage comparé par la spécialisation génère des gains de bien-être. La source de ces gains n’est pas le fait qu’en mettant plus de ressources dans la production du bien dans lequel il a un avantage comparé, un pays produit plus de ce bien par unité de travail ou de capital (économies d’échelle), mais que ce bien a un prix international supérieur à son coût d’opportunité national.

Pour expliquer le commerce entre pays similaires dans leurs dotations factorielles, il faut avoir recours aux modèles de commerce intra-industriel développés dans les années quatre-vingt (dumping réciproque, concurrence monopolistique).

Dans le modèle de dumping réciproque (qui est un modèle d’oligopole à la Cournot entre entreprises nationales et étrangères), les gains du commerce viennent du fait que la concurrence entre producteurs nationaux et étrangers réduit les marges, les profits et les prix à la consommation. La somme des coûts de transport et de la réduction des profits est, sauf cas particulier, inférieur aux gains générés en termes de surplus du consommateur, d’où accroissement du bien-être collectif. L’expérience des pays ayant pratiqué le protectionnisme pendant une longue période, particulièrement les plus petits dans lesquels la concurrence interne ne peut pas se substituer à la concurrence étrangère, suggère que cet effet (la « concurrence importée ») est très important, probablement beaucoup plus que celui de la spécialisation.

Ce type de commerce peut être ce qui a été décrit dans la question précédente, mais il peut s’agir également de « commerce vertical » dans lequel un pays (typiquement un pays riche) produit des composants intensifs en capital qui sont ensuite assemblés dans un autre pays (typiquement plus pauvre). Ce commerce, bien qu’à l’intérieur d’une même filière, se comprend mieux à l’aide du modèle HO que d’un modèle de dumping réciproque ou de concurrence monopolistique. En effet, il est fondé sur l’exploitation de différences en intensités et en dotations factorielles, l’assemblage étant typiquement plus intensif en travail que la production de composants et les pays relativement pauvres étant relativement plus abondants en travail que les pays riches. Il est donc avantageux de « saucissonner » la chaîne de la valeur en fonction de l’avantage comparé.

En présence de commerce intra-industriel, des politiques commerciales stratégiques (promotion de champions nationaux par des subventions, etc.) peuvent affecter les conditions de la concurrence d’une manière qui profite au pays les pratiquant aux dépens des autres. L’exemple le plus largement cité est celui d’Airbus mais il en existe bien d’autres. Dans la pratique, pour un succès (Airbus), il y a beaucoup d’échecs (télévision haute définition, « plan calcul » en France, ordinateurs de cinquième génération au Japon, etc…). En outre il est difficile de justifier des politiques qui violent l’esprit sinon la lettre des accords du GATT.

Question 2

Dans l’Alena (sigle français pour Nafta), les Etats-Unis, le Mexique et le Canada ont échangé des réductions réciproques de tarifs douaniers afin d’encourager le commerce. Ainsi, alors que des chemises taiwanaises doivent acquitter des droits de douanes de plus de 10% à l’entrée aux Etats-Unis, les chemises mexicaines sont soumises à des droits fortement réduits et, à terme, nuls. Les trois pays signataires ont également adopté des règles d’origine, spécifiées dans l’Annexe 401 de l’Alena, définissant l’éligibilité des produits aux préférences tarifaires. Par « préférence tarifaire » on désigne la différence entre le taux Nafta payable par les Mexicains et Canadiens sur le marché américain et le taux MFN payable par tous les autres.

Tableau 1

Variable dépendante: augmentation du prix des biens terminaux mexicains à l'exportation vers les EU (Etats-Unis), régime “Nafta” (par rapport au régime “MFN”)Méthode: MC pondérésEchantillon: secteur textile-habillement (1)(2)RégresseursCoeff.stat. tCoeff.stat. t Préférence tarifaire accordée par les EU0.7993.330.4742.12 Règle d'origine  6.5495.93Observations913 913 R2 ajusté0.46 0.49 

Considérez les résultats de régression présentés dans la colonne (1) du tableau 1. La variable dépendante et le premier régresseur (préférence tarifaire) sont tous deux exprimés en points de pourcentage et donc directement comparables. Quelle est la part de la préférence tarifaire « retenue » par les producteurs mexicains sous forme d’une augmentation de prix ? Comment expliquez-vous qu’elle soit inférieure à 100% ? Cette différence est-elle significative ? Etes-vous surpris par ce résultat ?

Considérez maintenant l’équation (2). Comment interprétez-vous l’effet de la règle d’origine sur la variable dépendante ? La part de la préférence tarifaire retenue par les producteurs mexicains est-elle maintenant significativement différente de 100% ? Comment expliquez-vous cette variation par rapport à l’équation (1) ?

Tableau 2

Variable dépendante: augmentation du prix des biens intermédiaires américains à l'exportation vers le Mexique, régime « Nafta » (par rapport aux exportations vers d’autres pays)Méthode : MC pondérésEchantillon: secteur textile-habillementRégresseursCoeff.stat. tPréférence tarifaire accordée par le Mexique0.626.54Règle d'origine2.3191.11Pref. tarif. accordée par les EU sur les biens en aval (a)0.6893.86Règle d'origine sur les biens en aval (a)0.0532.01Observations837 R2 ajusté0.54 
Notes
(a) « En aval » (downstream en Anglais) défini à l'aide d'un tableau input/output

Considérez maintenant le tableau 2, dont la variable dépendante est l’augmentation du prix des biens intermédiaires américains exportés par le Mexique (pour faciliter la compréhension, pensez à la variable dépendante du tableau 1 comme l’augmentation du prix des chemises mexicaines et à celle du tableau 2 comme l’augmentation du prix du coton américain utilisé dans les chemises mexicaines, toutes deux par rapport au prix mondial). Dans le tableau 2, le deuxième régresseur (règle d’origine) s’applique au bien intermédiaire (coton). Les règles d’origine sont définies par type de bien mais s’appliquent de la même façon aux trois pays. Le troisième régresseur est une sorte de moyenne pondérée des préférences tarifaires appliquées par les Américains aux biens en aval (des préférences de 4% sur les chemises unies et 8% sur les chemises à carreaux donneraient une valeur de 6% à cette variable si les ventes de coton étaient réparties moitié-moitié entre ces deux types de chemises). L’interprétation des règles d’origine en aval, qui imposent aux producteurs mexicains de chemises d’acheter une certaine proportion de leurs inputs dans la zone Alena, est similaire.

3. Comment interprétez-vous l’effet des règles d’origine en aval sur la variable dépendante ? Donnez une interprétation économique.

4. Du point de vue économique, pourquoi les règles d’origine réduisent-elles, comme le montre le tableau 1, la rente des producteurs de chemises mexicains ? (Distinguez deux effets en utilisant les résultats du tableau 2)

5. Comment justifie-t-on officiellement les règles d’origine ? D’après les chiffres du tableau 2, qui sont, dans la réalité, leurs bénéficiaires ? Pensez-vous que les producteurs de coton américains, par exemple, ont un grand pouvoir de lobbying ? (Obtiennent-ils, à votre connaissance, d’autres faveurs du gouvernement américain ?)

Réponses suggérées

La part retenue par les producteurs mexicains est égale à 79.9% de la préférence tarifaire. L’explication la plus simple du fait qu’elle soit inférieure à un est que les importateurs américains (souvent des grandes chaînes de distribution) ont un pouvoir de marché leur permettant de forcer les mexicains à céder une partie de la rente créée par la préférence tarifaire. Cependant, la statistique t est égale à 3.33 sous l’hypothèse nulle que le vrai coefficient est égal à zéro, ce qui implique que l’écart-type de l’estimé est égal à  EMBED Equation.DSMT4  Sous l’hypothèse nulle que le vrai coefficient est maintenant égal à un, la statistique t est égale à (0.799 – 1)/0.24 = -0.838. La valeur critique de t étant, pour un « one-tailed test » (traduction française ?) égale à -1.645, l’hypothèse nulle ( EMBED Equation.DSMT4 ) ne peut pas être rejetée à 5%. Ce résultat suggère que les importateurs américains ne semblent finalement pas avoir tant de pouvoir de marché que cela, ce qui est, en effet, surprenant !

L’équation deux comprend une variable explicative reflétant la présence de règles d’origine. Celles-ci sont coûteuses et justifient donc des prix plus élevés pour les biens terminaux mexicains. Une fois que l’on tient compte de cet effet, la part de la préférence réellement retenue par les mexicains n’est plus que de 47.4% et est significativement au-dessous de un, ce qui est plus satisfaisant pour l’esprit ! Ces pauvres mexicains se font bien exploiter, comme on s’y attendait.

Dans le tableau deux, la variable dépendante est maintenant le prix des biens intermédiaires américains exportés au Mexique pour entrer dans l’assemblage de biens terminaux qui, à leur tour, seront re-exportés par les Mexicains sur le marché US. L’effet des règles d’origine en aval est de créer une demande mexicaine captive pour les biens intermédiaires américains dont le prix a alors tendance à augmenter.

Le premier effet est de forcer les producteurs de chemises mexicains à acheter du coton américain qui est plus cher, ce qui accroît leurs coûts. C’est l’effet illustré par la première équation. Le deuxième effet, qui est montré dans la deuxième équation, est de créer une tension sur le marché du coton américain dont le prix augmente alors même par rapport à son niveau initial, qui était déjà plus élevé que le niveau mondial.

Les règles d’origines sont justifiées de plusieurs manières, dont l’une consiste à dire qu’en forçant un minimum de contenu local on favorise l’industrialisation du pays partenaire (ici le Mexique) alors que sans règles d’origine la production locale se limiterait à de l’assemblage superficiel. En fait, ce que l’exercice économétrique ci-dessus suggère c’est que les vrais bénéficiaires du système sont les producteurs de biens intermédiaires du pays du Nord (ici les Etats-Unis).



 Les droits payés par les Taiwanais sont appelés « MFN » (Most Favored Nation) pour indiquer que les Taiwanais sont soumis au régime général. Les droits payés par les Mexicains sont appelés « Nafta » pour indiquer qu’ils sont soumis au régime préférentiel (droits réduits).
 On compte la réponse bonne même si la valeur critique utilisée est 1.96.