Introduction à la Grammaire et à la Linguistique - Nicolas Guilliot

-Validation pas de CC, seulement un examen final (100%), certainement basé sur des questions ... -Syntaxe : étude de l'arrangement des mots dans une proposition (phrase). -Morphologie : étude de la formation des mots dans le langage.


un extrait du document



Cours Magistral de Grammaire et Linguistique française
(Cours donné à l'Université de Nantes, L1 Lettres Modernes, 2005-2006)
Nicolas GUILLIOT
(version intégrale du cours sur  HYPERLINK "http://nicolas.guilliot.chez-alice.fr" http://nicolas.guilliot.chez-alice.fr)

 TOC \o "1-3" \h \z \t "Sous-titre;4"  HYPERLINK \l "_Toc225918156" Cours Magistral de Grammaire et Linguistique française  PAGEREF _Toc225918156 \h 1
 HYPERLINK \l "_Toc225918157" Présentation :  PAGEREF _Toc225918157 \h 3
 HYPERLINK \l "_Toc225918158" Introduction :  PAGEREF _Toc225918158 \h 3
 HYPERLINK \l "_Toc225918159" La grammaire comme objet d'étude ( la linguistique  PAGEREF _Toc225918159 \h 3
 HYPERLINK \l "_Toc225918160" Vers une définition de "la grammaire"  PAGEREF _Toc225918160 \h 3
 HYPERLINK \l "_Toc225918161" Grammaire normative/prescriptive vs descriptive  PAGEREF _Toc225918161 \h 4
 HYPERLINK \l "_Toc225918162" Un but prédictif: jugements de grammaticalité  PAGEREF _Toc225918162 \h 6
 HYPERLINK \l "_Toc225918163" Ce qu'il nous manque : le point de départ  PAGEREF _Toc225918163 \h 8
 HYPERLINK \l "_Toc225918164" Principaux axes du cours :  PAGEREF _Toc225918164 \h 8
 HYPERLINK \l "_Toc225918165" Bibliographie :  PAGEREF _Toc225918165 \h 8
 HYPERLINK \l "_Toc225918166" CM#2  PAGEREF _Toc225918166 \h 8
 HYPERLINK \l "_Toc225918167" 1. La phrase simple  PAGEREF _Toc225918167 \h 9
 HYPERLINK \l "_Toc225918168" 1.1. Une question de point de vue  PAGEREF _Toc225918168 \h 9
 HYPERLINK \l "_Toc225918169" 1.2. Une forme canonique de base ?  PAGEREF _Toc225918169 \h 9
 HYPERLINK \l "_Toc225918170" 1.3. Fonctions syntaxiques, sémantiques et discursives  PAGEREF _Toc225918170 \h 10
 HYPERLINK \l "_Toc225918171" Fonctions syntaxiques : (sujet, objet, attribut,…)  PAGEREF _Toc225918171 \h 11
 HYPERLINK \l "_Toc225918172" CM#3  PAGEREF _Toc225918172 \h 12
 HYPERLINK \l "_Toc225918173" Fonctions sémantiques : (agent, patient, instrument,…)  PAGEREF _Toc225918173 \h 12
 HYPERLINK \l "_Toc225918174" Fonctions Discursives : (thème, rhème, topique, focus,…)  PAGEREF _Toc225918174 \h 13
 HYPERLINK \l "_Toc225918175" 1.4. Interactions entre ces fonctions  PAGEREF _Toc225918175 \h 13
 HYPERLINK \l "_Toc225918176" 1.5. Compléments et circonstants : obligatoires ou optionnels  PAGEREF _Toc225918176 \h 14
 HYPERLINK \l "_Toc225918177" CM#4  PAGEREF _Toc225918177 \h 15
 HYPERLINK \l "_Toc225918178" 1.6. Un ensemble structuré et hiérarchisé  PAGEREF _Toc225918178 \h 15
 HYPERLINK \l "_Toc225918179" 2. Les mots  PAGEREF _Toc225918179 \h 16
 HYPERLINK \l "_Toc225918180" 2.1. Les catégories grammaticales  PAGEREF _Toc225918180 \h 16
 HYPERLINK \l "_Toc225918181" 2.2. Classification sémantique  PAGEREF _Toc225918181 \h 17
 HYPERLINK \l "_Toc225918182" 2.3. Classification morphologique  PAGEREF _Toc225918182 \h 18
 HYPERLINK \l "_Toc225918183" 2.4. Classification distributionnelle.  PAGEREF _Toc225918183 \h 20
 HYPERLINK \l "_Toc225918184" 2.5. Le cas des déterminants  PAGEREF _Toc225918184 \h 21
 HYPERLINK \l "_Toc225918185" CM#5  PAGEREF _Toc225918185 \h 22
 HYPERLINK \l "_Toc225918186" 2.6. Le cas des pronoms  PAGEREF _Toc225918186 \h 22
 HYPERLINK \l "_Toc225918187" 2.7. La sous-catégorisation  PAGEREF _Toc225918187 \h 22
 HYPERLINK \l "_Toc225918188" 3. Le nom et le groupe nominal  PAGEREF _Toc225918188 \h 25
 HYPERLINK \l "_Toc225918189" 3.1. Propriétés générales  PAGEREF _Toc225918189 \h 25
 HYPERLINK \l "_Toc225918190" 3.2. Le déterminant  PAGEREF _Toc225918190 \h 27
 HYPERLINK \l "_Toc225918191" CM#6  PAGEREF _Toc225918191 \h 28
 HYPERLINK \l "_Toc225918192" 3.3. Le nom : la sous-catégorisation et ses conséquences  PAGEREF _Toc225918192 \h 28
 HYPERLINK \l "_Toc225918193" 3.4. Les modificateurs  PAGEREF _Toc225918193 \h 32
 HYPERLINK \l "_Toc225918194" 3.4.1. L’adjectif épithète  PAGEREF _Toc225918194 \h 32
 HYPERLINK \l "_Toc225918195" CM#7 Révisions et Exercices  PAGEREF _Toc225918195 \h 36
 HYPERLINK \l "_Toc225918196" CM#8  PAGEREF _Toc225918196 \h 36
 HYPERLINK \l "_Toc225918197" 3.4.2. Les Noms épithètes  PAGEREF _Toc225918197 \h 38
 HYPERLINK \l "_Toc225918198" 3.4.3. Les groupes prépositionnels = compléments du nom  PAGEREF _Toc225918198 \h 38
 HYPERLINK \l "_Toc225918199" CM#9  PAGEREF _Toc225918199 \h 38
 HYPERLINK \l "_Toc225918200" 3.4.4. La subordonnée relative  PAGEREF _Toc225918200 \h 41
 HYPERLINK \l "_Toc225918201" CM#10  PAGEREF _Toc225918201 \h 45
 HYPERLINK \l "_Toc225918202" 3.4.5. Les Propositions Complétives  PAGEREF _Toc225918202 \h 45
 HYPERLINK \l "_Toc225918203" 3.4.6. Les propositions infinitives  PAGEREF _Toc225918203 \h 47
 HYPERLINK \l "_Toc225918204" 4. Le verbe et le groupe verbal  PAGEREF _Toc225918204 \h 47
 HYPERLINK \l "_Toc225918205" 4.1. Propriétés générales  PAGEREF _Toc225918205 \h 47
 HYPERLINK \l "_Toc225918206" 4.2. Fonctions sémantiques : la notion de valence  PAGEREF _Toc225918206 \h 48
 HYPERLINK \l "_Toc225918207" 4.3. Fonctions syntaxiques : transitivité, attribut  PAGEREF _Toc225918207 \h 48
 HYPERLINK \l "_Toc225918208" 4.3.1. La transitivité  PAGEREF _Toc225918208 \h 49
 HYPERLINK \l "_Toc225918209" CM#11  PAGEREF _Toc225918209 \h 50
 HYPERLINK \l "_Toc225918210" 4.3.2. L'attribut  PAGEREF _Toc225918210 \h 51
 HYPERLINK \l "_Toc225918211" 4.4. La variabilité syntaxique et sémantique des verbes  PAGEREF _Toc225918211 \h 53
 HYPERLINK \l "_Toc225918212" 4.4.1. Les emplois absolus  PAGEREF _Toc225918212 \h 53
 HYPERLINK \l "_Toc225918213" 4.4.2. Les verbes à objet interne  PAGEREF _Toc225918213 \h 54
 HYPERLINK \l "_Toc225918214" 4.4.3. Les verbes réversibles  PAGEREF _Toc225918214 \h 54
 HYPERLINK \l "_Toc225918215" 4.4.4. Les constructions pronominales  PAGEREF _Toc225918215 \h 54
 HYPERLINK \l "_Toc225918216" CM#12  PAGEREF _Toc225918216 \h 56
 HYPERLINK \l "_Toc225918217" 5. Les types de phrase  PAGEREF _Toc225918217 \h 56
 HYPERLINK \l "_Toc225918218" 5.1. Types énonciatifs  PAGEREF _Toc225918218 \h 56
 HYPERLINK \l "_Toc225918219" 5.2. Types de réarrangement communicatif  PAGEREF _Toc225918219 \h 58
 HYPERLINK \l "_Toc225918220" 5.3. Interactions  PAGEREF _Toc225918220 \h 59
 HYPERLINK \l "_Toc225918221" 6. Les propositions complexes : coordination et subordination  PAGEREF _Toc225918221 \h 60
 HYPERLINK \l "_Toc225918222" 6.1. Subordination (parce que) vs coordination (car)  PAGEREF _Toc225918222 \h 60
 HYPERLINK \l "_Toc225918223" 6.2. La coordination  PAGEREF _Toc225918223 \h 60
 HYPERLINK \l "_Toc225918224" 6.3. La subordination  PAGEREF _Toc225918224 \h 61



Présentation :
-présentation perso ( adresse e-mail :  HYPERLINK "mailto:nicolas.guilliot@wanadoo.fr" nicolas.guilliot@wanadoo.fr
Bureau : 4035
-1 CM de 1h30 par semaine (le lundi de 10h30 à 12h00)
-12 séances ( 18h00 de cours
-Pas de TDs ( rendre le CM le plus interactif possible
-Validation ( pas de CC, seulement un examen final (100%), certainement basé sur des questions de cours et surtout des exercices d'application direct du cours
-Petite enquête perso ( proportion des étudiants en parcours "Sciences du langage"

Introduction :
But de cette introduction : définir précisément quels sont les objectifs de ce cours.

La grammaire comme objet d'étude ( la linguistique
La linguistique : discipline qui prend pour objet d'étude les grammaires des langues naturelles du monde.
( Se divise en sous-disciplines :
-Phonologie : étude des sons du langage
-Syntaxe : étude de l'arrangement des mots dans une proposition (phrase)
-Morphologie : étude de la formation des mots dans le langage
-Sémantique : étude du sens véhiculé par la construction des phrases.
-Pragmatique : étude du langage en situation (dimension communicative du langage avec un locuteur et un interlocuteur)
( Interactions infinies entre ces disciplines. Par exemple, la façon dont un mot est formé va avoir une influence sur le sens de ce mot.



Vers une définition de "la grammaire"
Plusieurs définitions possibles du mot "grammaire", qui correspondent à des objectifs et des orientations différentes.

Basé sur le Petit Robert :
Grammaire :
1. ensemble de règles à suivre pour écrire et parler une langue (règles de bonne formation).
2. ensemble des structures et des règles qui permettent de produire tous les énoncés appartenant à une langue et seulement eux.
3. étude systématique des éléments constitutifs d'une langue donnée.

( A priori, peu de différence entre ces définitions. Cependant, elles correspondent à des objectifs tout-à-fait différents. La définition 1 a une perspective purement normative ou prescriptive, alors que les 2 suivantes sont orientées d'un point de vue linguistique.

Grammaire normative/prescriptive vs descriptive
La grammaire normative telle qu'elle est enseignée à l'école primaire a un but prescriptif et normatif. Elle ne cherche pas à décrire la manière dont les gens parlent, mais plutôt à imposer une langue à partir de règles strictes, à codifier une variété du français (un registre de langue). Pour résumer, la grammaire traditionnelle impose une norme, mais n'essaye pas de comprendre ou de déterminer l'usage réel d'une langue par un locuteur.
( Une grammaire normative : description complète des conventions grammaticales d’une langue fixée par une institution.
( Correspond le plus souvent à une grammaire de la langue écrite, la langue standard, voire soutenue (pas forcément celle que l’on utilise tous les jours).
( Et correspond aussi sans doute à votre idée de la grammaire.

Pour le français, c’est l’Académie Française qui fixe ces normes. C’est aussi les œuvres littéraires qui cautionnent l’emploi d’une tournure de phrase.

Exemple #1 :
La grammaire normative va forcer l'utilisation de "bien que" au lieu de "malgré que", ou bien l'utilisation de "la voiture de ma sœur" face à "la voiture à ma sœur"

a. Il se présente aux élections présidentielles bien qu'il n'ait aucune chance d'être élu.
b. %Il se présente aux élections présidentielles malgré qu'il n'ait aucune chance d'être élu.


a. Il est allé chez le dentiste.
b. %Il est allé au médecin.

( Le signe % assigné à un énoncé signifie que celui-ci ne correspond pas à du français standard, qu'il n'est pas strictement bien formé

( Problème lié à cette perspective de la grammaire, vue seulement comme un objet contraint par des normes : ne prend pas du tout en compte tous ces énoncés non-standards dont certains apparaissent très couramment (voir l'exemple de la négation en français où le "ne" a disparu des énoncés oraux bien qu'on n'ait appris aucune règle pour cette effacement).

Il existe une perspective plus intéressante dans l'étude de la grammaire d'une langue (voir définitions 2 et 3).
Grammaire (d'un point de vue linguistique) :
2. ensemble des structures et des règles qui permettent de produire tous les énoncés appartenant à une langue et seulement eux.
3. étude systématique des éléments constitutifs d'une langue donnée.

( CE COURS S'INSCRIT BIEN EVIDEMMENT DANS CETTE PERSPECTIVE LINGUISTIQUE.

Dans cette perspective, l'étude des règles et des structures qui régissent une langue a 2 buts (( normatif), un but descriptif et un but prédictif.
( Correspondent aux buts de la linguistique :
-discipline cherchant à décrire les langues, d'où cette dimension descriptive.
-discipline qui vise aussi à faire des prédictions sur les langues.

Retour sur Exemple #1 :
a. %Il se présente aux élections présidentielles malgré qu'il n'ait aucune chance d'être élu.
b. %Il est allé au médecin.

( Question que l'on peut se poser en linguistique : si ces énoncés sont proscrits en français, pourquoi apparaissent-ils ?
Réponse #1 : parce qu'ils ne sont pas agrammaticaux, mais juste mal formés.
( Notre grammaire ne doit pas complètement exclure ces énoncés puisqu'ils apparaissent.
Réponse #2 : Intuitivement, on peut comprendre pourquoi ces exemples apparaissent.
( Pour  REF _Ref115110263 \r \h  (3)a, sorte d'accommodation/assimilation morphologique : notre grammaire contient de nombreuses conjonctions complexes du type Adv./Prép.+que (parce que, bien que, lors-que, dès que, après que, avant que& )
( Pour  REF _Ref115110263 \r \h  (3)b, sorte d'accommodation/assimilation sémantique : on associe le COD du verbe "aller" seulement comme un lieu, légitimant ainsi l'utilisation de "au". On pourrait paraphraser : "je vais à l'endroit où se trouve mon médecin".

( CELA NE SIGNIFIE PAS QUE L'ON PEUT FAIRE CE QU'ON VEUT

Un but prédictif: jugements de grammaticalité
Nos jugements de grammaticalité (le fait que l'on juge une phrase comme grammaticale ou non) dépendent des principes ou règles de notre grammaire. A partir de ces règles, nous pouvons prédire si une phrase est grammaticale ou non.

Jean sait que Marie pense qu'elle connaît le nom de la femme du frère de son copain qui a vu le film dont j'ai entendu parler à la radio que j'écoutais dans ma voiture.

( Qu'est ce qui, dans notre grammaire, nous permet de construire des phrases aussi complexes et d'avoir un jugement de grammaticalité sur celles-ci ?
La grammaire traditionnelle normative ne nous a pas confronté à de telles phrases. Pourtant, un locuteur la jugera grammaticale. La linguistique va chercher à prédire et expliquer cette capacité à construire et juger des phrases plus complexes.

Une bonne connaissance de notre grammaire permet aussi de prédire l'agrammaticalité d'une phrase.

Exemple #2 :
a. Certaines phrases de la langue sont agrammaticales.
b. *Certaines phrases la langue de sont agrammaticales.

( On note une phrase agrammaticale avec le signe *.
( Distinction claire entre une phrase agrammaticale et une phrase mal formée, seulement contrainte par certaines normes.
( Notre grammaire doit contenir certaines règles immuables sur l'ordre des mots. Pour  REF _Ref115111102 \r \h  (5), on peut formuler la règle suivante : la préposition "de" en français se place à gauche du groupe nominal qu elle introduit (puisque placer la préposition à droite rend la phrase agrammaticale).

a. Le chien court.
b. *Chien le court.

a. J ai vu un oiseau
b. *J’ai vu oiseau un.

En comparant ces quatre phrases, on peut formuler la règle suivante : le déterminant doit précéder le nom pour constituer avec lui un groupe nominal dans une phrase.


Le but de ce cours : présenter, décrire les aspects de la grammaire du français dans cette perspective linguistique (explicative et prédictive).

Chaque sous-discipline de la linguistique a un rôle à jouer dans l'étude des règles de grammaire :

( Contraintes phonologiques : contraintes liées à la nature des sons dans la langue
a. Je déteste la linguistique/J'déteste la linguistique (non-prédit par une grammaire normative)
b. J'adore la linguistique/ *Je adore la linguistique.
Le choix entre je et j' (devant un mot commençant par une consonne) disparaît devant un mot commençant par une voyelle.

( Contraintes syntaxiques : règles concernant l'arrangement des mots (ordre des mots)
a. J’ai vu un oiseau.
b. *J’ai vu oiseau un.
Cf contrainte sur l'ordre entre un nom et son déterminant en français

( Contraintes sémantiques : règles concernant le sens/l'interprétation des mots et des énoncés
a. J'adore la linguistique.
b. #La porte adore la linguistique.
Le sens véhiculé par la porte paraît incompatible avec le sens véhiculé par le verbe adorer.

( Contraintes morphologiques : règles de bonne formation qui concernent les morphèmes
a. Marie est venu*(e) hier.
b. Marie a crié(*e).
La marque du genre sur le sujet apparaît sur le verbe avec l'auxiliaire être, mais pas avec avoir.

( Contraintes pragmatiques : sortes de règles de bonne conduite pour la communication
a. Louis XIV est mort en 1715, mais Paul ne le sait pas.
b. #Louis XIV est mort en 1715, mais je ne le sais pas.
Tout énoncé correspond à un acte de langage de la part du locuteur, en l'occurrence une assertion. Et comment affirmer quelque chose et ne pas le savoir à la fois ??

Il existe aussi des règles de grammaire qui dépendent de plusieurs domaines à la fois (c'est d'ailleurs le cas le plus général) :
a. J'ai déjà vu cette femme quelque part.
b. Cette femme, je l'ai déjà vue quelque part.
( Contrainte syntactico-sémantique car l'ordre des mots régi par la syntaxe va avoir une influence sur la contrainte morphologique.

Il faut ainsi définir les règles et les structures (propres à chaque domaine de la linguistique voire à plusieurs domaines) qui permettent de générer tous les énoncés bien formés et interprétables et seulement eux.

Je vous ai donné des exemples très simples à titre d’illustration, mais on va s’attarder sur des exemples un peu plus compliqués.
( Ce cours se concentrera essentiellement sur les règles syntaxiques et sémantiques de la grammaire française.

Ce qu'il nous manque : le point de départ
? ( GRAMMAIRE ( énoncés bien formés et interprétables

( Il manque évidemment le lexique, le vocabulaire. Notre grammaire est un ensemble de règles qui s'appliquent à un lexique. Plus précisément, nous verrons que ce lexique est ordonné par la grammaire (notion de catégorie grammaticale).

Principaux axes du cours :
( Catégories grammaticales (Nom, verbe, adjectif, préposition, adverbe etc) : définir les méthodes de classification (ce qui fait qu'un mot est un nom, ou autre)
( Fonctions grammaticales (sujet, objet…)
( Structure interne de la phrase (groupe nominal, le groupe verbal…): les dépendances et sélection entre les mots permettent de définir une structure aux énoncés
( Fonctions sémantiques (agent, patient, thème…).

Bibliographie :
Support de ce cours : Grammaire méthodique du français. Riegel, Pellat et Rioul. PUF (BU)


CM#2
Résumer CM#1 : grammaire normative/descriptive, oral/écrit…

1. La phrase simple
Comment définir la notion de phrase ?

1.1. Une question de point de vue
Point de vue graphique : ce qui est compris entre 2 points et commence par une majuscule.
( Exercice

Point de vue pragmatique : unité minimale de (l'acte de) communication qui se suffit à elle-même.
## ##

Point de vue phonologique (prosodique) : unité de langage délimitée par 2 pauses importantes et dont l'intonation varie selon le type de phrase (assertif, interrogatif, impératif, exclamatif)
a. ##Très belle##.
b. ##Moi toujours toi suivre##.

Point de vue sémantique (notionnel) : expression plus ou moins complexe offrant un sens complet d'une pensée, d'un sentiment, d'une volonté.
a. ##Puisqu'il fait beau nous irons faire un tour au parc##.
b. ##Il fait beau##. Nous irons faire un tour au parc##.
c. ##Les cribulons dropustiens marinouflaient dans la cascudile##.

Point de vue syntaxique : assemblage de mots grammatical, conforme à des règles de construction
#J'efface#

( Aucune de ces définitions ne suffit à définir une phrase. Mais l'ensemble de ces définitions aboutit à une définition assez précise de la phrase.

Définition du Petit Robert : tout assemblage linguistique d'unités qui fait sens (mots et morphèmes grammaticaux) et que l'émetteur et le récepteur considèrent comme un énoncé complet; unité minimale de communication.

Le point de départ : la notion d'assemblage linguistique (définition syntaxique)

Question : y'a-t-il une contrainte syntaxique générale pour former une phrase ?

1.2. Une forme canonique de base ?
Prémisse : puisque le point de départ d'une phrase est cette notion d'assemblage linguistique (syntaxe), nécessité de dégager une forme de base.

Problème : comment définir une forme (ou un assemblage) de base pour former une phrase quand on voit les nombreuses formes que celles–ci peuvent prendre ?

Un café, s'il vous plaît.
Tu vas bien ?
Je pense, donc je suis.
Très intéressante, cette remarque.
(Mesdames et messieurs,) sa majesté la reine d'Angleterre.
Tricheur !

Différents types de phrases : déclaratives, exclamatives, interrogatives, impératives
Y'a-t-il un point commun entre tous ces énoncés ?
( EXERCICE

Conclusion : on doit et on peut dégager une structure de base pour tout type de phrase.

Structure proposée : (CC)+SUJET+(CC)+VERBE+(CC)+COMPLÉMENT(S)/ATTRIBUT+(CC)

( Evidemment, cette structure ne correspond pas toujours à l'ordre qui apparaît effectivement dans une phrase.
( Mais tous les énoncés (toutes les phrases) peuvent être décrits ou réduits en suivant ce schéma très simple de la phrase :

Un café, s'il vous plaît. ( Je voudrais un café, SVP.
Très intéressante, cette remarque. ( Cette remarque est très intéressante.
(Mesdames et messieurs,) sa majesté la reine d'Angleterre. ( Je vous présente sa majesté…
Tricheur ! ( Tu es un tricheur.

( Dans tous ces exemples, on voit que le langage sous-entend certaines structures. Le contexte linguistique ou non linguistique nous fournit ce qui nous manque dans notre schéma général de la phrase.


1.3. Fonctions syntaxiques, sémantiques et discursives
( Fonction d'un mot : rôle que cet élément joue dans la phrase où il est employé. Comme toute fonction, la fonction d'un mot se définit en terme relationnel : fonction de quelque chose. Plusieurs types de fonctions sont proposés suivant le point de vue.

Fonctions syntaxiques :
Elles permettent d'établir le schéma général de la phrase. Chaque fonction peut être définie suivant des critères positionnels, morphologiques, transformationnels, voire catégoriels :

Sujet (du verbe) ( -est généralement placé devant le verbe
-régit l'accord en personne, en nombre et parfois en genre sur le verbe
Marie est partie. (3ème personne du sg., fém.)

Complément (du nom, objets du verbe) ( -suit généralement l'élément qu'il complète.
-le COD à la voix active devient le sujet à la voix passive.
a. Le président de la République française a accueilli Georges Bush.
b. Georges Bush a été accueilli par le président de la République française.

Complément circonstanciel (nom, verbe) ( -ex : Temps, Lieu, But, Moyen, Manière, Cause…
-sont souvent introduits par une préposition ou une conjonction, marqueur de fonction, de relation.
Valérie est partie [dès 15h] [en direction du supermarché] [pour faire ses courses] [parce qu'elle voulait éviter les bouchons].

Attribut (du sujet) ( -apparaît après le verbe être
-peut prendre la forme d'un adjectif, d'un groupe nominal ou prépositionnel
Je suis linguiste/heureux/en forme/un amateur de bons vins.

Apposé (à un groupe nominal) ( -apparaît immédiatement après le groupe nominal
Jean, cet idiot, a encore oublié son portefeuille.

Épithète (d'un nom) ( -apparaît immédiatement avant ou après le nom qu'il modifie
-prend la forme d'un adjectif
-s'accorde en genre et en nombre avec le nom qu'il modifie
J'ai décidé de dissoudre l'assemblée nationale.

Remarque : Quelle est la différence entre argument et circonstant ? Comment peut-on les distinguer ?
-Pour un verbe, les arguments sont obligatoires alors que les circonstants sont optionnels
-Le nombre de circonstants pour un même verbe ou un même nom n'est pas réellement limité

CM#3
Résumer CM#2 : la notion de phrase, une forme morpho-syntaxique de base, les fonctions syntaxiques

Fonctions sémantiques :
Elles sont toutes établies autour de la notion de procès ou d'état, appelé aussi Prédicat
Prédicat ( -il correspond à un élément de la phrase qui renvoie à un procès ou un état.
-il est souvent associé à ce que signifie (dénote) un verbe ou un attribut.
-il prend des arguments (obligatoires) ayant une fonction sémantique.

Exemples : -le verbe partir est un prédicat dit à un argument (agent)
-le verbe donner est un prédicat à 3 arguments (agent, patient, bénéficiaire)

Agent ( être animé instigateur d'un procès, d'une action (Marie téléphone à Paul)
Thème/Patient ( entité non animée/animée sur laquelle s'exerce directement le procès (lire un livre)
Siège (état) ( entité où se manifeste un état physique/psychique (le tonneau fuit/Jean est content)
Bénéficiaire ( être animé affecté par les retombées du procès (retirer le permis à un chauffard)
Instrument ( entité non animée qui est à l'origine du procès (ouvrir la porte avec une clé)
Locatif ( repère spatial du procès
(But ( entité concrète ou abstraite vers laquelle est dirigé le procès (lancer la balle à Jean))
Source ( entité dont provient ou s'éloigne une autre entité (recevoir un cadeau de ses parents)
Résultatif ( objet, être ou état qui est la conséquence du procès (écrire un roman)

( Exercice 1 : à partir d'exemples, donner la liste des arguments (obligatoires) des verbes suivants
-Marie a pris un livre (Agent, Thème)
-Jean court (Agent)
-La pierre a bougé (Thème)
-Jean a bougé (Agent+Thème) ( ! Un argument peut avoir 2 fonctions sémantiques
-Jean meurt (Patient/Siège)
-Jean embrasse Marie (Agent, Patient)
-J'ai offert une montre à mon frère (Agent, Thème, Bénéficiaire)
-Eve a mangé une pomme (Agent, (Thème))
-Le livre est tombé (Thème/Patient) (exception : tomber la chemise)
( Exercice 2 : Donner les fonctions sémantiques des arguments
-Paul m'a